
10 idées reçues sur le compost : quels déchets, inconvénients, utilisation...
Processus à la fois vieux comme le monde et dans l’air du temps, la transformation des biodéchets en humus nutritif est une méthode de recyclage bien plus accessible qu’on le croit.
1. Pour faire du compost, il faut un jardin
La transformation de matières organiques en compost est un phénomène naturel dû à l’action d’un ensemble complexe d’organismes micro (levures, bactéries…) et macro (vers, insectes…), en présence d’eau et d’oxygène. Pratiqué de longue date au jardin et au potager (en tas, en bac ou en surface), le compostage domestique l’est désormais partout – quartier, pied d’immeuble (composteurs partagés), balcon, terrasse ou appartement (lombricomposteurs, sans parler des composteurs de cuisine type Bokashi, basés sur une fermentation anaérobie).
2. Faire son compost demande de l'expertise
Pas besoin d’être biochimiste pour réussir son compost, il faut juste s’assurer que tout ce petit monde puisse bien travailler, en suivant 4 grands principes :
- Fragmenter les déchets.
- Équilibrer le milieu, en apportant 1 à 2 parts de déchets azotés (plutôt verts, mous et mouillés : gazon, fleurs fanées, épluchures…) pour 1 de déchets carbonés (plutôt bruns, durs et secs : écorce, paille, carton brut…).
- Assurer l’oxygénation, notamment en brassant régulièrement.
- Surveiller l’humidité : trop, ça pourrit, trop peu, ça ne se décompose pas. Pour se lancer, internet, librairies, mairies ou associations fourmillent de détails et d’infos.
3. On met tout dans le compost de jardin...
Déchets de cuisine (fruits et légumes, coquilles d’œufs, filtres et marc de café, sachets de thé…), de jardin (herbe, bois de taille broyé, feuilles mortes…), de maison (journal, essuie-tout…) : la liste est longue de ce qu’on peut composter. Mais le compost n’est pas une poubelle : coquillages, féculents, graisses, laitages, sciure, végétaux ligneux ou très durs doivent être ajoutés avec parcimonie et précaution. O, aura tout de même tendance à éviter...
4. ... Et uniquement les épluchures dans le lombricomposteur
Avec une seule variété de vers, le lombricompostage est plus strict, mais le marc de café avec son filtre, les sachets de thé, les fleurs fanées ou les brisures de carton sont quand même bienvenus. Ce que l’on bannit, ce sont les aliments nocifs pour les vers – ail, échalote, oignon, rhubarbe, agrumes, graisses, laitages –, ou qu’ils ont du mal à digérer – peaux de banane et d’avocat entières, feuilles d’ananas, pelures de pommes de terre, par exemple.
5. Le compost sent mauvais
S’il y a mauvaise odeur, c’est qu’il y a dysfonctionnement ! Un déséquilibre azote/carbone, un excès d’humidité, des déchets inappropriés ou trop gros entravent le travail de décomposition, entraînant pourriture et macération aux relents désagréables. Autrement, un compost bien mené ne dégage qu’un agréable parfum de sous-bois.
6. Il attire les mouches
Les mouches et moucherons font partie de la petite faune du compost de jardin – qui n’a de toute façon rien à faire sous vos fenêtres ! Certaines habitudes permettent cependant d’éviter leur prolifération : couvrir les déchets ; composter rapidement les aliments ; limiter les sucres, l’humidité et l’exposition au soleil d’été. En revanche, autour d’un lombricomposteur, ils signalent un problème et nuisent aux vers : il faut absolument s’en débarrasser et corriger le milieu, probablement trop humide, acide, azoté et riche en sucres.
7. Les rongeurs vont envahir le compost
Musaraignes, campagnols ou mulots trouvent chaleur et nourriture dans un compost de jardin, et s’ils y restent, pas besoin d’intervenir, ils ont des prédateurs. Toutefois, si l’idée vous gêne, des dispositions permettent de s’en prémunir : brassages réguliers, bac fermé, pas de plats cuisinés, fromage, pain, pâtes ou riz, lesquels doivent toujours être placés au milieu et recouverts d’autres déchets. Le compostage partagé obéit, lui, à des règles de salubrité strictes, notamment pour tenir les rats à distance.
8. Le compost n'a d'intérêt que pour les plantes
Du jardin au salon en passant par le potager et le verger, le compost favorise la croissance et le développement racinaire des végétaux. Mais bien plus qu’un engrais, le compost est ce qu’on appelle un amendement, c’est-à-dire qu’il améliore la structure même du sol et sa fertilité de manière durable. Par ailleurs, le compostage a l’immense intérêt de réduire la quantité de déchets organiques valorisables (40 à 60 % de nos poubelles selon l’Ademe), qui finissent, hélas, à l’incinérateur.
9. Pour avoir un bon compost, il suffit d'aller se servir en forêt
Les forêts produisent naturellement du compost toute l’année… et on doit le leur laisser ! En plus de détruire l’écosystème de la forêt, en plus d’être illégal si celle-ci ne vous appartient pas, ce pillage a toutes les chances de s’avérer contre-productif, l’humus de sous-bois risquant au mieux d’être inadapté au potager ou au jardin, au pire d’y introduire des organismes malvenus. Bien fait !
10. Le compostage est obligatoire
Pas tout à fait. C'est le tri à la source des biodéchets qui est obligatoire depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, conformément à la loi Agec de 2020. Conformément au droit européen et à la loi française dite anti-gaspillage, « le tri des biodéchets est généralisé et concerne tous les professionnels et les particuliers ». Malgré le fait que cette loi n'est pas encore appliquée dans toutes les villes de France pour l'instant, de nombreuses collectivités sur tout le territoire sont engagées dans cette démarche. Le compostage, individuel ou partagé, est l’une des solutions privilégiées, mais aussi la collecte séparée des biodéchets pour être transformés en fertilisant ou en biogaz.
(Article publié dans le magazine Saveurs Green n° 12, 2022)